J’ai
l’habitude de blaguer. Mais cette fois-ci, je suis sérieux. Et même plus :
inquiet. Le Paris-Dakar est arrivé à
Parakou. Après avoir été déplacé de Dakar à Rio de Janeiro, il est venu
maintenant à Parakou. Tous les atouts y sont réunis pour vous faire vivre la
même émotion que celle que vous ressentez sur les écrans.
Tenez, tous les vendredis, il
vous suffit d’aller vous poster le long de la route qui va de Parakou à Kika,
via l’université de Parakou et vous verrez. Les poules ont été les premières à
saisir la chose et elles n’ont pas tardé à mettre leurs progénitures en
sécurité. Les bonnes dames qui vendent au bord de la route ensuite. Les larmes
aux yeux, impuissantes, elles se sont barrées. Les peuls revenant du marché
avec leurs motos sans embrayage ont changé d’itinéraire pour ne pas casser les
canaris achetés. Les fonctionnaires et les doctes gens du campus n’empruntent
pas le tronçon du rallye les vendredis pour ne pas risquer leur peau. Seules quelques vieilles dames, -les veuves
naturellement- qui n’ont plus rien à perdre et qui doivent leur repas quotidien
au plateau de kouli-kouli qu’elles
vendent sur le trottoir, résistent encore !
Mes renseignements pris en
différents lieux concordent dans le fonds et la forme. Ils sont entre 13 et 25
ans. Etudiants et élèves. Leur dada : faire la course à moto sur la route
de Kika avec des bolides nouvelle génération appelés affectueusement X-one.
Pour pimenter la chose, ils rangent les kakis ou autres uniformes –suivez mon regard- quelque part, se
tapent des lunettes de motards et naturellement, avec une jeune fille derrière.
Ils s’en vont sagement, une fois les devoirs du vendredi soir terminés, pour ne
pas attirer l’attention d’un mal intentionné, prenant de préférence des chemins
différents. Et c’est au retour que la chose commence !
Les X-one, bien alignés, un peu
comme dans les courses américaines de motards, les voilà partis. Chacun avec sa
chacune ou vice-versa. Il semble même qu’il y a une cagnotte qui est déposée
pour le vainqueur ; mais là, je n’ai pas de certitude. Alors, imaginez un
nuage de poussière, de fumée de motos, des gosses dessus, excités, soulés sans
doute, roulant à vivent allure, sans casques, rencontrant en sens inverse des
peulettes revenant du marché Arzékè ou de Madjatom. La ligne d’arrivée quelque
part à l’université de Parakou et les vainqueurs se donnant rendez-vous pour
aller fêter la victoire dans un coin qui ne dit pas son nom. Il paraît même que
maintenant les jeunes étudiants de la Faculté de Médecine sont dedans aussi.
Sans doute, une manière de porter assistance aux coureurs en cas de coup dur. Hum !
Rallye ! En tout cas, qui dit mieux qu’Antoine de Saint-Exupéry, « la vitesse est une fête » ?
Seulement, on sait comment, lui, sa fête s’est terminée.
Un de mes amis m’a parlé de son jeune
cousin qui avait une Fosti, c’est-à-dire une moto un peu plus soft que les
X-one. Le jeune homme aurait pleuré
pendant des mois, à chaudes larmes, menacé d’arrêter l’école et d’aller vendre l’essence
si on ne lui achetait pas une X-one. Fatiguée, impuissant, veule, la maman a
cédé. Dès qu’il a eu son X-one, il s’est inscrit dans le Rallye Club du
Paris-Dakar, se trouvant même une ziguette, candidate pour rester à l’arrière
de la moto et lui tenir les hanches pendant la course. Et ça recommence encore
en ce début d’année scolaire.
Jusqu’à présent encore, on ne
déplore que quelques motos cassées et souvent vite remplacées par les parents
qui veulent que leurs fistons aient les moyens d’aller à l’école pour réussir dans
la vie. Des pieds cassés aussi, il y en a eu. Mais l’hécatombe va-t-elle
s’arrêter là, surtout que le Rallye fait de plus en plus d’émules, des coureurs
moins pros et venant toujours des privés et publics en excroissance se passent
le mot par sms afin d’être au rencard ?
En tout cas, si rien n’est fait,
une chose est sûre : Rallye Paris-Dakar à Parakou-là, çaa tuer !
Pour visionner la vidéo:
http://video.google.fr/videosearch?gbv=2&hl=fr&q=course%20de%20motos%20en%20afrique&ndsp=20&ie=UTF-8&sa=N&tab=iv&start=0#
Par FARA WILFRIED


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