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lundi 14 septembre 2009

LA CHRONIQUE: ON EST OU LA?

LES ENFANTS ZAZOU 

(Cet article nous est adressé de Parakou au Bénin.)
                            Je les ai nommés ainsi parce que je les trouve un peu drôles. Il a fallu plus de deux mois avant qu’ils me révèlent leur secret. Certainement le temps de soupeser, de jauger le bonhomme qui foulait le terrain de basket avec eux. Bien vrai, il ne sait pas saluer comme eux, mais quand même il se débrouille, … L’affaire a commencé deux jours après mon arrivée. Les garçonnets, deux jeunes : bottes de basket dans les pieds, grosses tenues de Jordan et de T. Parker sur leur corps maigre, une casquette vissée jusqu’aux oreilles. Bref, l’attirail parfait du jeune « one-man-show », d’un branché. Seulement, ils shootaient mal au panier. Juste pour me dérouiller les jambes, je suis venu balancer quelques ‘’paniers’’ avec eux. C’est là qu’on s’est rencontré et connu. Deux mois après, je joue encore avec eux. Christian et Dellus- c’est leurs prénoms. Le secret de leur vie était simple. En tout cas, pour moi. Alors que je les raccompagnais au portail un soir, ils m’ont dit : « Grand-frère, tu sais quoi, on est des rappeurs ! ». Pour cacher ma surprise et ne pas éclater de rire, j’ai répondu du tac au tac : « moi, je suis producteur ». Ils ne se sont même pas aperçus que je me moquais d’eux. Au sérieux, ils m’ont tout raconté. Chrimilège (Christian, 4ème ) et Delton (Dellus, 3ème) sont des jeunes posses du rap. Ils habitent ici mais vivent, au moins en rêve aux States ou à Paris. Mangeant la pâte avec la sauce gombo et le riz comme nous tous, ils ne jurent que par 2 Pac, Eminem, Jay-Z et autres, connaissent même pas MC Solaar ou Abdel Malik. Le rap, me chuchotent-ils, est leur truc et ils comptent faire un concert un jour à Bercy. Même s’ils ne connaissent pas le centre culturel de Parak-city, c’est pas grave. Nous allons travailler dur pour ça. On a même un single. Les mains sur le menton, j’écoutais d’un air grave. Devant celui qu’ils ont pris pour leur futur producteur, ils m’ont raconté, les larmes aux yeux leurs joies et leurs misères de jeunes artistes, l’incompréhension de leur entourage ; ils ont chanté en a capela pour moi. Honneur rarissime ! Et moi, de les encourager à concrétiser leurs rêves ! Yes, you can ! Ils ont souri jusqu’aux oreilles. Contents d’être peut-être compris pour une fois par un ‘’grand-frère’’. Ils sont rentrés à la maison en marmonnant des airs de quelque obscur rappeur américain. Alors que la meilleure note d’anglais de leur vie frôle à peine 10/20. C’est pas grave, yes, we can ! Ce n’est que plusieurs jours plus tard que la scène m’est revenue en mémoire. Avec cette fois-ci des interrogations peut-être exagérées que voici : comment une génération de non rappeurs en est-elle arrivée à engendrer des rappeurs ? Pourquoi et comment des jeunes si sages vivent-ils déconnectés de la réalité de leur milieu ? Est-ce un simple égarement d’ados ou une la montée d’une génération à part ? La crise de la transmission de la culture et des valeurs est-elle si aigüe et si dramatique ? Qui a failli ou qui en est responsable ? Que vont devenir tous ces jeunes qui mangent, boivent et mangent made in States ? Wait and see !
Frère FARA Wilfried

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